Le 20/20 Miss Outlet avec Ali Hajji

Comment penser Festival de Casa sans penser à Ali Hajji ? Cinéphile jusqu'au bout des ongles, ce passionné de culture se voit dans le projet d'un Festival pluridisciplinaire aux couleurs de Casablanca...Parcours, informations sur l'évènement de l'année et têtes d’affiche, c'est ce que l'on va découvrir dans le 20/20 de la semaine !
1/20 : Thé ou café ?

Thé ! Je n’ai jamais aimé le goût du café même en gâteau ou en plat aromatisé. Par contre, j’aime son odeur ! C’est paradoxal mais c’est comme ça. (Sourire)

2/20 : Films ou séries ?

Plutôt films même si je suis assez consommateur de séries.

3/20 : Si tu étais un film, tu serais…

Un film de Fellini probablement.

4/20 : Le dernier film que tu as vu et qui t’as marqué ?

« La dame de Shanghai » d’Orson Welles que j’ai revu d’un œil totalement nouveau après l’avoir découvert adolescent.

5/20 : Une chanson ?

Une chanson de David Bowie surement.

6/20 : Une ville qui te ressemble ?

Lisbonne, j’aime beaucoup cette ville ! Elle est chaleureuse, sereine, à taille humaine, sans arrogance ... Je trouve que c’est une ville qui a plein de qualités et je prends beaucoup de plaisir à y déambuler. C’est une ville que j’aime, après je ne sais pas si elle me ressemble ! (Sourire).

7/20 : Un modèle dans la vie ?

Je n’en ai pas vraiment, mais j’aime les personnages cohérents, porteurs de valeurs universelles, courageux et qui font avancer les causes et les idées.

8/20 : Ton rapport avec la mode...

Je ne suis pas vraiment connaisseur, ni suiveur. Cela m’intéresse uniquement sur le plan artistique. Une amie proche qui était à New York dernièrement m’a montré un livre sur la rétrospective Alexander McQueen au MET (Metropolitan Museum Of Art), j’ai trouvé son travail sublime. Au quotidien, je ne suis pas un dingue des dernières tendances. Je peux m’habiller chez H&M comme chez Paul & Joe. J’aime les vêtements simples où je me sens à l’aise.

9/20 : Pourrais-tu nous décrire ton parcours ?

Mon parcours professionnel est avant tout une histoire de rencontres... J’ai obtenu mon Bac au Lycée Descartes à Rabat. Je suis parti m’installer en France tout de suite après où je me suis inscrit à la fac de droit. Après avoir décroché le diplôme final, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce que je voulais faire. J’ai toujours été passionné de cinéma, j’ai grandi dans un milieu cinéphile. Mon père est un grand amateur de cinéma et on voyait beaucoup de films, il y avait toujours des bouquins et des magazines sur le cinéma à la maison… C’est quelque chose qui est vraiment lié à mon enfance... Je me suis donc dit, pourquoi pas une carrière dans le cinéma ? J’ai intégré une école dans le XVème arrondissement à Paris qui s’appelle l’ESRA et qui proposait un cursus de 3 ans.

10/20 : Comment se sont fais tes débuts dans le cinéma ?

Pendant mon cursus à l’école, j’ai souvent été amené à faire des stages sur des tournages en France et au Maroc. Mon premier stage, je l’ai décroché au culot, en faisant du porte à porte (Sourire). C’est comme cela que j’ai été embauché chez Fidélité Production, qui commençait à se faire connaître après avoir produit les premiers films de François Ozon. Ça a été une expérience formatrice. En fait, je n’ai jamais vraiment été intéressé par les études, mais dès que j’ai démarré dans la vie active, j’ai compris que ce qui me plaisait, c’était le concret, l’apprentissage sur le terrain. Ensuite, à la faveur d’un petit boulot au festival de Cannes, j’ai géré le bureau de MK2 (société parisienne de production, distribution et exploitation de films). L’expérience a été concluante et on m’a proposé de rejoindre l’équipe pour un CDI au retour à Paris. J’y ai travaillé pendant plusieurs années à la programmation du circuit d’exploitation. MK2 est considérée, à juste titre, comme une véritable école dans le milieu du cinéma français. La personnalité exigeante du producteur Marin Karmitz, son fondateur, qui a notamment produit ces dernières années les films de Kiarostami, Gus Van Sant et Michael Haneke, y est évidemment pour beaucoup.

11/20 : Pourquoi un retour au Maroc ?

Je me suis rapidement rendu compte qu’à Paris, les perspectives d’évolution professionnelle étaient saturées. Le Maroc offrait des possibilités plus larges. En plus du fait que j’y suis très attaché. J’adore Paris mais j’avais besoin de rentrer, surtout qu’après l’accession au trône de Mohammed VI, il y avait un élan d’ouverture et des valeurs nouvelles qui m’interpellaient plus.

12/20 : Comment es-tu passé du cinéma à l’évènementiel culturel ?

Je suis donc rentré à Rabat et très vite, par le biais d’un ami commun, j’ai rencontré André Azoulay. On peut dire qu’il a joué un rôle de mentor et qu’il m’a beaucoup soutenu et encouragé. Après une première expérience lors de la 2ème édition du Festival International du Film de Marrakech, il m’a proposé de travailler avec lui au sein du Cabinet Royal. On a essentiellement collaboré sur le festival, dont j’ai été le coordinateur général, mais on a également développé, ensuite et pendant un certain temps, un très joli projet autour du nouveau cinéma, qui devait se passer à Essaouira. Jeanne Moreau avait gentiment accepté d’en être la marraine. Malheureusement, faute de financement, le projet n’a pas abouti. C’est par le biais d’André Azoulay que j’ai rencontré Neila Tazi, mon actuelle associée et amie. C’est une femme passionnée, très humaine, perfectionniste et engagée, et j’ai tout de suite senti que nous étions proches et que nous partagions les mêmes valeurs. Aujourd’hui, je dirige la société Rezo Production, qui fait partie du même groupe qu’A3 Communication et qui est spécialisée dans les métiers liés à l’organisation d’événements.

13/20 : Comment est né le Festival de Casablanca ?

C’est Neila qui m’a contacté et proposé de travailler avec elle sur ce projet. Elle m’a présenté à Miriem Bensalah Chaqroun, qui venait d’accepter de présider aux destinées du festival. Une autre rencontre professionnelle et humaine déterminante… On a souvent l’habitude de dire que le festival est né d’une « chaîne de confiance » et c’est vraiment le cas. Personne n’y croyait vraiment, à cause de nombreuses tentatives avortées. Avec l’équipe (Hicham Abkari, Nawal Slaoui, Réda Allali, Siham Cherkaoui, Fatema Mossadeq…), on a effectué un long travail de terrain et on s’est vraiment bagarrés pour faire aboutir la première édition, qui a eu lieu en juillet 2005. Il y avait une très belle énergie autour de ces débuts, sous l’impulsion de Miriem qui nous a soutenus de manière très forte.

Le succès a été immédiat ! Nous avions développé un concept pluridisciplinaire (musique, cinéma, art urbain, spectacle de rue) à l’image de la diversité de la scène culturelle casablancaise, résolument urbain et tourné vers la création actuelle. Plus de 2 millions de spectateurs ont répondu présents. On était surpris et grisés. Ce festival est particulier dans le paysage festivalier marocain ,puisqu’il est né de l’initiative de la ville. C’est l’ancien Wali, M’Hammed Dryeff, qui en est le fondateur et c’était assez rare à l’époque de voir un projet voulu par les autorités locales et en partie financé par des fonds publics.

14/20 : Comment ce 1er succès a-t-il influencé les éditions suivantes ?

Le succès de cette 1ère édition, comme je l’ai dit, était dû aussi en partie à l’effet de surprise et à l’esprit d’innovation qui régnait sur le projet. A partir de ce moment là, en inventant une nouvelle norme de méga événement culturel, populaire et urbain, le festival a eu une incidence certaine sur le paysage festivalier marocain. Par la suite, il a connu des tentatives malheureuses comme le départ de Miriem Bensalah Chaqroun. Il faut savoir qu’en 5 ans, le festival a connu trois présidents successifs, ce qui n’est pas forcément une bonne chose, puisqu’il a été difficile dans ces conditions de développer une vision à long terme sur le projet. Sous l’impulsion de son remplaçant, le festival a été scindé en trois événements distincts : Casa Music, Casa Ciné et Casa Arts. Ce qui a beaucoup affaibli le projet et engendré le désistement de plusieurs sponsors.

Ensuite, Farid Bensaïd a été nommé à la présidence du festival en 2009 et on a décidé de revenir à la formule pluridisciplinaire initiale. En plus d’être un brillant homme d’affaires (Ténor Group), il a la particularité d’être violoniste, passionné de musique et porteur d’un projet culturel pérenne, l’Orchestre Philharmonique du Maroc, qu’il a créé voilà une quinzaine d’années.

Dès le départ, nous étions d’accord sur le fait que 2009 était une année de transition pour mieux développer par la suite notre vision en 2010.

15/20 : Justement, quelles ont été les nouveautés 2010 ?

On a créé le programme Nouzah Fennia (promenades artistiques) pour renforcer le concept pluridisciplinaire du festival. Le principe était de convier différentes expressions actuelles (danse, art vidéo, conte, théâtre, arts plastiques, etc.) dans des lieux historiques et/ou emblématiques de la ville. Les thématiques étaient de donner à « voir la ville autrement » et de « faire jaillir les mémoires de Casablanca ». C’est un programme qui est né d’une volonté de faire circuler la créativité entre les acteurs culturels, les artistes, les habitants, les étudiants, les jeunes et moins jeunes. De rencontrer les publics en allant vers les sites, les quartiers, pour écouter, partager, donner envie, construire avec chacun en fonction des expressions et émergences culturelles. Et ainsi proposer des formes artistiques en réponse aux mouvements actuels culturels et créatifs du Maroc.

16/20 : Quelles sont les nouveautés 2011 ?

Depuis septembre 2010, Nouzah Fennia se poursuit avec la thématique « Mouvement », qui s’articule autour de deux grands axes : « Mémoires actuelles » qui explore les nouvelles formes d’expressions artistiques, la création interdisciplinaire, le théâtre et la danse ; et « Espace public » comme invitation à des promenades dans la ville à travers son patrimoine architectural, son environnement sonore, des installations artistiques, des projections de courts-métrages et des rencontres autour de tables rondes. Chaque site a été choisi en fonction du contenu des propositions artistiques et inversement, ils sont liés par les mémoires. Des résidences et des ateliers ont été mis en place dès novembre dernier et se poursuivent jusqu’à la veille du festival. L’axe de transmission de savoir-faire artistique a été ainsi mieux travaillé.

L’autre nouveauté, c’est une fresque monumentale de lumière qui a été conçue par l’un des spécialistes du genre : Xavier de Richemont, peintre, scénographe et concepteur de spectacles de lumière, qui travaille dans le monde entier. C’est une production du festival et Xavier a été invité à créer un spectacle qu’il a intitulé « Dar Al Baida » en hommage à Casablanca.

On a également choisi de donner plus d’ampleur au volet danse urbaine avec deux tournois, qui seront organisés sur le parking de la gare Casa Voyageurs avec des danseurs qui viendront de plusieurs villes du Maroc.

La vraie identité du festival réside dans sa pluridisciplinarité, son caractère urbain et tourné vers la création actuelle. C’est un festival évolutif qui essaie constamment de maintenir un équilibre entre méga évènement et évènement de proximité. Différentes qualités sont ainsi proposées dans l’espace public, à travers des activités gratuites et accessibles à tous. Chacun est libre d’y puiser ce qui l’interpelle. Dans le but de faire ressortir la richesse culturelle et les potentialités locales, mais aussi de veiller à une ouverture à l’international, en conviant aussi des artistes d’ailleurs à participer et à échanger.

Voilà notre projet.

17/20 : Le concept du Festival n’est pas statique et ouvert au changement. Comment se décide tout cela ? Quelle est la particularité du Festival de Casa ?

On ne travaille jamais de la même façon selon les éditons et selon les différents interlocuteurs que nous avons en face de nous. Après, l’équipe a beaucoup d’autonomie en matière de propositions, de programmation…Comme je le disais, ce qui est intéressant avec le Festival de Casa c’est que c’est un projet qui se remet en question. Il s’agit de faire le lien entre grand divertissement et projet culturel signifiant et de trouver un équilibre entre les deux. C’est vrai que l’année dernière, on a touché du doigt quelque chose de spéciale qui nous a rappelé ce qu’on avait fait lors des premières éditions. Concrètement, tu pouvais aller assister à une table ronde dans le jardin de l’école des Beaux - Arts avec différents acteurs culturels et de la société civile, ensuite aller à la Cathédrale du Sacré Cœur assister à un spectacle interdisciplinaire, continuer avec un concert sur l’une des scènes,…etc. L’idée étant de donner au spectateur la possibilité de vivre et de voir la ville autrement à travers les arts pluriels.

18. Concernant le volet divertissement, notamment la programmation musicale, comment se fait le choix des artistes et quelles sont les nouveautés de cette année ?

Ça démarre quasiment au lendemain de la fin de chaque édition. D’abord, il y a tous les contacts qu’on établit depuis des années avec les agents, les tourneurs, les managers… Nous sommes plusieurs à être impliqués dans ce volet là. En général, à partir du mois de septembre, on reçoit les listes des premières tournées et on entame les négociations, qui durent plusieurs mois pour se clôturer vers les mois de mars/avril. La programmation est généraliste, on reste sur un concept éclectique en raison de la diversité des publics, malgré plusieurs genres qui dominent : chaabi, rap, reggae, world. Le festival rend hommage à deux grands artistes engagés, Bob Marley (par Groundation et Bob Maghrib, un collectif de musiciens marocains) et Mahmoud Darwish (par Marcel Khalife). On accorde une place importante à la nouvelle scène musicale marocaine : Barry, Darga, Oum, Don Bigg et Ahmed Soultan se produiront, entre autres, lors de cette prochaine édition. C’est évidemment 50 Cent, la superstar du rap US, qui sera la principale tête d’affiche rap du festival, lors d’un concert événement à la Corniche avec toute l’équipe de G-Unit. On attend aussi la très talentueuse Ayo, le nouveau projet des producteurs de Buena Vista Social Club : Afrocubism, l’explosif ambassadeur de la musique brésilienne Carlinhos Brown et rayon découverte, Wayne Beckford, Africa United, et Tumi & the Volume. Côté raï, c’est Youness et Cheb Kader qui seront là. Et, pour terminer, l’icône de la chanson amazigh, l’incontournable Fatima Tihihite. Et beaucoup d’autres encore…

19. Si tu avais un souvenir à garder, toutes éditions confondues, ce serait lequel ?

Je garde un souvenir très fort du spectacle de rue de la première édition qui avait ouvert le festival. Il s’agissait d’un réel pari. J’avais découvert cette nouvelle forme d’expression artistique grâce à quelqu’un qui voulait organiser un festival des arts de la rue au Maroc. Je m’y suis intéressé parce que je trouvais ça extraordinaire de se produire comme cela, dans la rue, sans barrières, ce qui permettait une communication instantanée avec le public à travers un langage universel. Le souvenir le plus fort donc, c’était le démarrage de tout cela. J’étais sur la place des Nations Unis, j’ai donné le top départ du spectacle et j’ai suivi la parade jusqu’à la place Rachidi. Au début, il y avait quelques centaines de personnes et puis on a fini à 50 000 spectateurs ! (Sourire). C’était dément, parce que les gens ont commencé à s’appeler au fur et à mesure et j’ai réellement assisté à cette montée en puissance ! Il y avait une atmosphère très spéciale et libératrice…

20. Le Festival de Casa, j’y vais parce que …

Parce que ça permet de voir la ville autrement ! Les programmes commencent tôt dans la soirée et permettent de déambuler dans la ville et de (re)-découvrir Casablanca. Parce que c’est un événement ouvert, accessible, évolutif, gratuit et égalitaire. Un projet qui explore la ville à travers les arts pluriels et des nuits sonores. Il faut venir !

http://www.festivaldecasablanca.ma/

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